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L’héritage de Bentham est articulé autour d’un court-métrage, hybridant images de synthèse, prises de vues réelles et traitements par intelligence artificielle, qu’accompagnent différents éléments installatifs (sculpture, papier peint…). Le projet montre sous différentes perspectives les conséquences imprévues à notre époque de la fondation au XVIIIe siècle de l’utilitarisme par Jeremy Bentham. Le philosophe britannique croyait qu’il était possible de fonder sa doctrine sur un rapport calculatoire aux plaisirs (il a notamment inventé dans ce but un algorithme au nom évocateur de « calcul félicifique »). Première tentative d’organiser institutionnellement les plaisirs, l’utilitarisme a abouti à des résultats paradoxaux : Bentham est plus connu pour l’invention du panoptique, une prison, que pour la portée émancipatrice de ses idées.
L'utilitarisme devait permettre un juste calcul des peines et des plaisirs, afin de garantir l’épanouissement de la société dans son ensemble. Paradoxalement, cette ambition nécessitait aux yeux de Bentham la création d’un nouveau système carcéral : pour permettre un bon équilibre des relations sociales, il fallait à ses yeux éloigner celles et ceux qui seraient hostiles aux ambitions irénistes de la majorité. Il se targuait d’avoir inventé une prison modèle, le panoptique, capable de « réformer » moralement les individus, sans qu’il soit nécessaire d’associer à leur enfermement des punitions : se savoir observés les obligerait à amender leurs comportements. À bien des égards, le développement des relations sociales à travers le web, un réseau distribuée grâce à une infrastructure qui fut d’abord d’inspiration bureaucratique, et où la surveillance est pervasive, nous place dans une situation comparable à celle du prisonnier de Bentham. La culture de l’open-space en entreprise, les plateformes de réseautage social et la généralisation de la télésurveillance confortent aussi cette impression dans nos modes de vie contemporains.
Le moyen-métrage est divisé en trois segments interrogeant et mettant en scène ces évolutions, dans différents registres : historique ; surréaliste et horrifique ; satirique et grotesque. Alors que les États-nations modernes se sont régulièrement appuyés sur l’utilitarisme pour concevoir leur législation, comment cette doctrine structure-t-elle aujourd’hui notre rapport aux plaisirs ?